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Il s'agit d'un ensemble de réactions (ou symptômes) qui peut se développer chez une personne après qu'elle ait vécu, été témoin ou confrontée à un traumatisme, c'est-à-dire un événement qui a provoqué la mort ou de sérieuses blessures ou qui impliquait une menace de mort ou de graves blessures et qui a suscité une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur. Un tel événement peut être un accident, une agression violente, un viol, un hold-up, une prise d'otage, un incendie, un tremblement de terre, une inondation, etc. Quiconque est exposé à un événement d'une telle intensité peut développer des symptômes caractéristiques qui comprennent : 1.) le fait de revivre l'événement en pensée de manière persistante; 2.) l'évitement des situations qui rappellent l'événement avec un émoussement des réactions générales (engourdissement, anesthésie émotionnelle); 3.) une hyperactivité. Ces symptômes sont décrits plus en détail dans ce qui suit. Bien que certaines variables personnelles (par exemples, expériences durant l'enfance, traits de personnalité, troubles mentaux préexistants, etc.) peuvent augmenter la probabilité de développer un stress post-traumatique, il semble que le facteur le plus déterminant soit la gravité de l'événement vécu. Ainsi il peut se développer chez des personnes ne présentant aucune caractéristique prédisposante, surtout si le stress a été important. Selon certaines études, 8 à 10 % de la population souffrirait à un moment ou à un autre de leur vie d'un état de stress post-traumatique. Précisons que nous parlons de stress post-traumatique lorsque la perturbation persiste plus d'un mois. Dans le premier mois nous employons plutôt le terme d'état de stress aigu. SYMPTÔMES Comment reconnaître les symptômes de stress post-traumatique ? Voici les critères définis par l'American Psychiatric Association et qui sont généralement utilisés : A) La personne a été exposée à un événement traumatique tel que défini plus haut. B)
L'événement traumatique est constamment revécu, de l'une (ou de
plusieurs) des façons suivantes :
1.) souvenirs
répétitifs et envahissants de l'événement provoquant un
sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou
des perceptions. Note : Chez les jeunes enfants, jeux répétitifs
exprimant des thèmes ou des aspects du traumatisme. 2.) rêves
répétitifs concernant l'événement provoquant un sentiment de
détresse. Note : Chez les enfants, il peut s'agir de rêves
effrayants sans contenu reconnaissable. 3.) impression
ou agissements soudains "comme si" l'événement traumatique
allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre
l'événement, des illusions, des hallucinations et des épisodes
dissociatifs (flash-back), y compris ceux qui surviennent au
réveil ou au cours d'une intoxication). Note : Chez les jeunes
enfants, la remise en action peut se produire. 4.) sentiment
intense de détresse psychique lors de l'exposition à des indices
internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de
l'événement traumatique (par exemple : les dates anniversaires,
le temps froid ou le temps chaud, la neige, certains endroits,
certaines scènes à la télévision, etc.). 5.) réactivité
physiologique lors de l'exposition à des indices internes ou
externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de
l'événement traumatique. C) Évitement
persistant des stimulus associés au traumatisme et émoussement de la
réactivité générale (non présente avant le traumatisme) comme en
témoigne la présence d'au moins trois des manifestations suivantes : 1.) efforts
pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations
associés au traumatisme 2.) efforts
pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui
éveillent des souvenirs du traumatisme. 3.) incapacité de
se rappeler un aspect important du traumatisme. 4.) réduction
nette de l'intérêt pour des activités importantes ou bien
réduction de la participation à ces mêmes activités. 5.) sentiment de
détachement d'autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux
autres. 6.) restriction
des affects (par exemple : incapacité à éprouver des sentiments
tendres). 7.) sentiment
d'avenir " bouché " (par exemple : penser ne pas pouvoir faire
carrière, se marier, avoir des enfants, ou avoir un cours normal
de la vie). D) Présence
de symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative
(non présente avant le traumatisme) comme en témoigne la présence
d'au moins deux des manifestations suivantes : 1.) difficultés
d'endormissement ou sommeil interrompu 2.) irritabilité
ou accès de colère 3.) difficultés
de concentration 4.)
hypervigilance 5.) réaction de
sursaut exagérée. On parle de
stress post-traumatique lorsque la perturbation entraîne une
souffrance ou une altération du fonctionnement social, professionnel
ou dans d'autres domaines importants. Le souvenir de
l'événement est souvent d'une extraordinaire précision. Les gens
disent revoir la scène comme s'ils y étaient. Les images, le
souvenir des cris, des odeurs, etc.; semblent plus vrais que la
mémoire ordinaire. Luc, par exemple, nous racontait comment il n'a
qu'à " regarder " ces images pour nous dire combien il a fait de pas
pour aller vers les victimes, etc.. Les symptômes de
stress post-traumatique sont, de l'avis de plusieurs chercheurs, le
résultat de mécanismes d'adaptation de l'organisme. Par exemple, les
symptômes d'hypervigilance et autres symptômes de suractivation
physiologique se produisent comme s'il fallait rester en alerte pour
s'assurer de faire ce qu'il faut et de prévenir tout autre danger.
L'émoussement des émotions et l'amnésie permettent de doser le
stress à gérer, etc.. Le problème, quand on ne se rétablit pas, est
que ces mécanismes se maintiennent alors qu'ils ne sont plus
nécessaires et qu'ils présentent trop d'inconvénients. Il arrive que ces
symptômes de stress post-traumatique soient accompagnés de symptômes
physiques ou psychologiques d'anxiété ou de panique (il s'agit
d'hyperventilation) tels que : palpitations, battements de cœur ou
accélération du rythme cardiaque, transpiration, tremblements ou
secousses musculaires, sensations de " souffle coupé " ou impression
d'étouffement, sensation d'étranglement, douleur ou gêne thoracique,
nausée ou gêne abdominale, sensation de vertige, d'instabilité, de
tête vide ou impression d'évanouissement, déréalisation (sentiments
d'irréalité) ou dépersonnalisation (être détaché de soi), peur de
perdre le contrôle de soi ou de devenir fou, peur de mourir,
sensations d'engourdissement ou de picotements, frissons ou bouffées
de chaleur (reproduit du DSM-IV, Critères d'une attaque de panique). Ces symptômes
apparaissent en raison du blocage de la respiration qui se fait
lorsque nous sommes anxieux. Ils sont désagréables et souvent
inquiétants mais ne sont pas dangereux. Pour les atténuer, prenez le
temps de respirer lentement et profondément.
DIFFICULTÉS ASSOCIÉES Les réactions qui
constituent ce qu'on appelle l'état de stress post-traumatique ne
représentent souvent qu'une partie de la souffrance et des
difficultés des victimes de catastrophes. Elles vivent
souvent un pénible sentiment de culpabilité du fait d'avoir survécu,
de ne pas avoir réussi à sauver des gens, par rapport à ce qu'elles
ont dû faire pour sauver leur vie, pour ne pas avoir réagi comme
elles auraient voulu, etc.. Lorsqu'elles sont victimes d'un acte
criminel, elles vivent souvent de façon intense une grande révolte,
de l'agressivité, un désir de vengeance et un sentiment d'injustice. Les victimes
souffrent souvent aussi d'un sentiment d'incommunicabilité. Leur
expérience, les émotions vécues et leurs réactions sont tellement
hors du commun, intenses et inconnues jusqu'à présent que les mots
sont difficiles à trouver pour décrire ce qui est vécu, surtout pour
les gens qui sont de nature un peu renfermée. Il est souvent
difficile pour l'entourage de réaliser ce que la personne vit. Il
vient souvent un temps où la victime se fait dire "reviens-en;
oublie ça, secoue-toi." Nos clients
souffrant d'un stress post-traumatique sévère nous disent à peu près
tous que, même si l'entourage offre une bonne écoute, il vient un
moment où ils ne veulent plus en parler, ils ne veulent pas imposer
cette lourdeur à leur entourage. Le (la) psychologue est souvent la
personne à qui on continue à en parler, à qui on réussit de plus en
plus à exprimer tout ce qui a été vécu, tout ce qu'on a vu, pensé,
ressenti et ce que l'on continue à vivre par rapport à ça. Pourquoi
le faire ? Nous en parlons, dans la section " Que faire " ? La vision du monde
et de la vie est souvent affectée. Le monde n'est plus aussi sûr. Il
devient plein de dangers, de méchancetés, etc., selon le traumatisme
vécu. Plus la vision du monde était incompatible avec l'événement,
plus le choc est grand. Chez les gens qui ont vécu des traumatismes
chroniques (abus, violence conjugale, etc.) particulièrement, les
croyances qui se rapportent à soi et aux autres ainsi que la
capacité de faire confiance sont très affectées. Par ailleurs,
mentionnons que les gens souffrant d'un stress post-traumatique
doivent parfois vivre, en même temps, le deuil de personnes chères,
le deuil de leur propre santé, des douleurs constantes, des
problèmes financiers, des tracasseries judiciaires, etc.
ÉVOLUTION Les symptômes
débutent habituellement dans les trois premiers mois après le
traumatisme bien que puisse exister un délai de plusieurs mois ou
même de plusieurs années avant que les symptômes n'apparaissent. La
durée des symptômes est variable avec une guérison complète
survenant en trois mois dans environ la moitié des cas alors que de
nombreux autres sujets ont des symptômes qui persistent plus de
douze mois après le traumatisme. Pour la majorité
des gens chez qui les symptômes et problèmes persistent plusieurs
mois après le traumatisme, le passage du temps n'amènera pas de
rétablissement s'il n'y a pas de traitement. Ces gens risquent de
développer une dépression (apparemment 25 à 30% des gens souffrant
d'un stress post-traumatique), une consommation abusive de drogue,
d'alcool ou de médicaments (environ 50%), un trouble panique, de
multiples évitements phobiques et des problèmes de santé. Il est
fréquent que ces diverses réactions interfèrent avec les relations
interpersonnelles et mènent à de sérieuses difficultés conjugales et
familiales. Elles mènent aussi parfois à la perte d'emploi. QUE
FAIRE ? Pour aider les gens
ayant vécu un traumatisme : Il est important de
savoir que plus l'intervention ou l'aide apportée est précoce,
meilleures sont les chances de prévenir l'apparition du stress
post-traumatique ou de l'atténuer. - Aider un
proche : Il est important
d'offrir une grande disponibilité d'écoute, de s'intéresser à ce que
la personne a éprouvé, afin de lui permettre de s'exprimer et de
ventiler. Le seul fait de verbaliser ce qui a été vécu aide à
prendre un peu de recul et à être un peu moins entièrement envahi
par les émotions. Ne jugez pas. Vous aiderez ainsi la personne à
accepter ses réactions, ce qui réduit le risque qu'elle développe de
la culpabilité. Il est aidant aussi
d'informer (si vous le pouvez) sur les réactions possibles, ce qui
rend ces dernières moins inquiétantes. Peut-être pourriez-vous lui
suggérer de lire ce texte (quand elle sera en état de le faire). Dans la mesure du
possible, réduisez les sources de stress pour la personne (par
exemple, au besoin, protégez-la des média). Aidez-la à se sentir en
sécurité. Aidez-la à s'accorder des moments de relaxation et de
détente. Demandez-lui ce qui lui ferait du bien. - Aider un
groupe ou une collectivité : Dans le cas
d'événements traumatiques impliquant une collectivité ou un groupe
de gens (le cas des inondations du Saguenay en est un bon exemple,
ou encore les cas d'un grave accident de travail, d'une prise
d'otages, etc.) il est très utile que soient organisées des sessions
de "debriefing" où les gens peuvent ventiler, partager ce qu'ils ont
vécu, être informés des réactions possibles, être informés de bonnes
sources sur l'événement, être rassurés, être conseillés sur les
bonnes stratégies d'adaptation pour maximiser les chances de bien se
rétablir, sur les choses à éviter, etc. Si un tel événement
se produit, appelez à l'Ordre des psychologues du Québec ou au CLSC
de votre région pour connaître les services disponibles. Dans
différentes régions du Québec, des psychologues ont été formés pour
intervenir rapidement en cas de catastrophe. Certaines firmes de
services psychologiques offrent aussi ce service. Si vous vivez
un stress post-traumatique Après un
événement traumatique, parlez-en, ne restez pas seul. Au besoin, par
exemple, allez coucher chez un proche. Si l'événement a fait
plusieurs victimes, il est bon d'en parler avec les autres victimes
assez rapidement pour s'aider les uns les autres à " digérer "
l'événement. Vous pouvez peut-être prendre l'initiative de suggérer
une rencontre pour en parler. Il se peut que des gens, même des
proches, ne comprennent pas vos réactions. Ne vous laissez pas trop
déranger par cela. Il est difficile de s'imaginer comment on peut
réagir quand on n'a pas vécu une telle expérience. Si
l'incompréhension d'un proche en arrive à nuire à votre relation,
faites-lui lire ce texte ou demandez à un professionnel (médecin,
psychologue) de renseigner cette personne. Acceptez vos
réactions et le fait que vous êtes affecté. Prenez soin de vous,
essayez de vous détendre et de vous distraire. Faites ce que vous
aimez. Évitez le stress supplémentaire, dans la mesure du possible.
L'effet du stress est cumulatif. Essayez de créer de bonnes
conditions pour vous rétablir. Évitez d'abuser de
l'alcool et les drogues qui peuvent amplifier certains symptômes. Essayez de réduire
l'impact de vos symptômes (irritabilité, colère, retrait émotionnel,
etc.) sur vos relations familiales. Faites comprendre à votre
conjoint et à vos enfants qu'ils ne sont pas en cause. Soyez patient.
Laissez-vous le temps de récupérer. Si les symptômes diminuent en
intensité et en fréquence après quelque temps, vous êtes sur la
bonne voie. QUAND
EST-IL PRÉFÉRABLE DE CONSULTER Si les symptômes
persistent après quelque temps, nuisent à votre fonctionnement ou à
vos relations, il serait préférable de consulter un médecin et/ou un
psychologue. N'oubliez pas que les gens traités de façon précoce
récupèrent beaucoup mieux que ceux traités tardivement. Votre médecin
pourra éventuellement vous prescrire une médication pouvant être
efficace pour soulager certains symptômes, ce qui pourrait vous
aider à être en meilleur état pour mettre en pratique différents
moyens de s'en sortir. Par exemple,
lorsqu'une insomnie importante perdure trop longtemps, la personne
devient de moins en moins en possession de ses moyens et une
médication devient la solution la plus efficace. Par ailleurs, un
psychologue peut vous aider de différentes façons à surmonter les
symptômes de stress post-traumatique, c'est ce que nous décrivons
dans la prochaine section. AIDE Aide pouvant être
apportée en psychothérapie Mentionnons que les
victimes d'un traumatisme sont parfois éligibles à des indemnités
qui couvrent les consultations psychologiques s'il s'agit d'un
accident de la route (SAAQ, Société d'assurance automobile du
Québec), d'un accident de travail (CSST) ou d'un acte criminel (IVAC,
Indemnisation des Victimes d'Actes Criminels). Les gens dont
l'employeur offre un programme d'aide aux employés peuvent s'y
adresser. Voici différents
objectifs qui peuvent être poursuivis en psychothérapie : ▪ Permettre d'exprimer ce qui a été vécu pendant l'événement : ce qu'on a vu, pensé, ressenti. Comme nous l'avons dit plus haut, il n'est pas facile d'exprimer un vécu aussi intense et il est souvent nécessaire d'avoir l'occasion d'en parler à plusieurs reprises pour réussir à partager ce vécu. Les gens nous ont souvent exprimé qu'ils jugeaient inapproprié, après un certain temps, de continuer à raconter l'événement et leurs réactions à leurs proches. Le (la) psychologue est souvent la personne qui continuera à avoir une bonne écoute et à être intéressé(e) à comprendre ce que la personne a vécu. Outre le fait d'en arriver de plus en plus à partager l'expérience et à être mieux compris, raconter l'expérience aussi souvent et longtemps que nécessaire a différents effets bénéfiques.
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