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de Nicolie Février 2004 ![]()
Il y a de ces jours, où je ne sais plus quoi penser, où je me dis que j’aurais aimé que le peintre achève son œuvre avant que tu te retournes pour emprunter un autre chemin, celui où tu voyais la lumière, celui qui, comme un papillon, te mènerait vers ton Andréanne.
Tu n’as vu que la couleur grise de son ciel, ce jour-là… Tu n’as pas vu sur sa palette de couleurs, toutes les teintes de bleu, de rouge, de jaune. Tu n’as pas vu les couleurs de l’arc-en-ciel Jovette, qu’il s’apprêtait à déposer avec son pinceau dans ce ciel si sombre ??? Et pourtant, elles y étaient.
Mais, tu en avais assez vu de noir, de gris dans les expositions de ta Vie, que tu croyais pas qu’il utiliserait d’autres couleurs ce jour-là... Il fut trop lent à finaliser son œuvre, j’en suis certaine… et tu es partie sans attendre ! Tu sais Jovette, il y a des jours où je regarde que le présent car c’est ce que l’on nous dit de faire... Je ne vois que tristesse, mélancolie, monotonie... Je ne veux plus tourner les pages du passé que le peintre m’a laissées en souvenir où l’angoisse, le regret, la colère, la culpabilité... envahissaient chaque tableau.
Mais, ce n’est pas toujours facile car dans ce passé, il y a aussi de beaux souvenirs : les bras tendus de mes enfants, leur sourire espiègle, la main potelée du plus jeune tenant celle toute ridée de mon voisin, de ces yeux noisettes, de l’espièglerie de mon adolescent, l’étonnement d’une douce caresse sur ma joue après avoir parlé avec mon aîné… Et parfois, j’entends encore cette musique jouée par Beethoven...
Je ne peux voir le futur non plus car on me dit sans cesse que la Vie est un cadeau, qu’il faut donc la vivre au présent. Mais Jovette, je ne sais plus... Parfois, pour oublier le présent si mal emballé, je tourne les pages du passé pour ne voir que le beau, que le rouge des feuilles de l’automne, que le vert qui recouvre le sol au printemps, que le pastel des fleurs de l’été et que le blanc immaculé des nuages qui se baladent, poussés par les vents de l’hiver...
J’y vois aussi des soirs où mille étoiles s’accrochent dans le ciel et scintillent comme des diamants... J’écoute le bruit de la brise, le chant des oiseaux, le croassement des grenouilles dans un étang… Je vois s’étirer le printemps qui sort de sa léthargie pour s’animer et nous séduire, je vois...
Puis, je ferme ce gros livre du passé et je saisis les tuiles vierges que l’artiste n’a pas encore touchées de ces doigts habiles et j’invente avant lui, tous les coloris multiples qu’il utilisera afin de nous ouvrir une fenêtre sur la beauté de la Vie. J’ajoute même un peu de dentelle à une table dressée par une amie qui m’invite... Je me surprends à rêver, à espérer. Je ne vois plus de tristesse dans ce gris, je ne vois que le blanc, le bleu… Je vois l’Espoir, je vois des jours meilleurs et je reviens à mon présent, à ce cadeau que la Vie m’a offert.
Ce présent, tu sais Jovette, je lui parle souvent. Je lui dis : « Tu sais, tu n’es pas très bien enrubanné aujourd’hui mais je t’accepte tel que tu es mais je ne me sens pas obligée de t’ouvrir. Mes mains ne te retiennent pas, je te laisse partir tout doucement comme tu es venu… On t’a déposé chez moi, ce matin à mon réveil mais tu ne m’appartiens pas. » D’autres matins, je le déballe à mon rythme et je trouve à l’intérieur, cachés sous une pile de papier de soie, l’Espérance, la Joie, le Bonheur… Et ces jours-là, je reçois une carte d’une amie qui me dit que je suis importante pour elle, un téléphone de quelqu’un qui a besoin de mon écoute; une amie qui me rend service ou bien quelqu’un frappe à ma porte pour venir partager quelques moments avec moi… Et je comprends alors que le présent est un merveilleux cadeau que la Vie a juste parfois mal enveloppé et dont je ne voyais que l’extérieur.
Non Jovette, je ne t’en veux pas d’être partie, d’être allée vers le pays des Anges pour retrouver ta fille Andréanne… Non, je comprends que la mousseline s’est déchirée un jour et que tu n’as vu que l’artiste qui semblait avoir oublié ses tubes de couleurs pour terminer la toile à peine commencée. Oui, je comprends ton désarroi ce jour-là mais je voulais tout simplement ce soir te dire mon « senti » comme tu m’écrivais souvent. Tu seras toujours dans mes pensées, dans mon cœur. Je me souviens toujours de toi, de tes chuchotis (je les relis encore…), de tes doigts de fée pour les mots, les peintures, la décoration, de ton amour de Yannick, des personnes en détresse, de ton accueil, de la chaleur qui se dégageait de toi, de tes animaux dont tu chérissais, de ton désir de toujours aider les autres, du chapeau de paille accroché à la porte de ta demeure, des tournesols au fond de ton jardin de fleurs, de ton petit coin de la Gaspésie tout près des escaliers qui montaient chez toi sur le côté, de l’oasis de paix que tu as tant cherché à créer pour que tous s’y sentent à l’aise et heureux… mais je me souviens aussi de l’oubli de toi…
Ce soir, JE NE SAIS PLUS… JOVETTE car tout se bouscule en moi mais je veux que tu saches que sûrement les ailes des anges m’effleurent souvent, car la Vie me surprend toujours ! J’essaie d’embellir les jours pluvieux et je savoure les jours où le soleil brille avec ardeur ! Je t’aime
Jovette et je m’ennuie de toi, même si je sais que tu es toujours
présente en nous et que tu nous protèges !
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