

de Marie France Hirigoyen
Harcèlement moral et
pervers narcissique ou le double piège du manipulateur !
Marie-France Hirigoyen,
psychiatre, psychanalyste et psychothérapeute s’intéresse, dans ce
livre, à un sujet répandu dans le quotidien de chacun. Le succès de cet
ouvrage auprès du public atteste de la réalité et de la difficulté de
subir cette forme de violence perverse qu’est le harcèlement moral.
Marie-France Hirigoyen
met en lumière les stratégies
meurtrières de nombre d'individus qu'elle qualifie de " pervers
narcissiques " et qui s'acharnent à briser les autres à travers un
comportement sournois et des paroles blessantes. Ces individus arrivent
à détruire leur victime par des paroles d'humiliation, des ambiguïtés,
des mots qui tuent et une attitude déstabilisante qui paralyse.
Ce livre, largement
documenté s’appuie sur de nombreux témoignages de victimes, et il permet
au lecteur de s’informer pour ne pas rester indifférent à des pratiques
sur lesquelles il peut nous arriver de fermer les yeux au nom d’une
mauvaise forme de tolérance qui prévaut dans notre culture.
Ce livre peut aider à
mieux se connaître, comprendre pourquoi l’on a été victime, avoir une
prise de conscience, apprendre à se libérer et à se protéger. Il peut se
révéler une aide très précieuse.
Voici quelques extraits du
livre de Marie-France Hirigoyen : "Le harcèlement moral".


Ils culpabilisent à outrance leur proie, ne supportent pas d’avoir tort, sont
incapables de discussions ouvertes et constructives; ils bafouent ouvertement
leur victime, n’hésitant pas à la dénigrer, à l’insulter autant que possible
sans témoins, sinon ils s’y prennent avec subtilité, par allusions, tout aussi
destructrices, mais invisibles aux regards non avertis.
Comme les vampires, le Narcisse vide a besoin de se nourrir de la substance de
l’autre. Quand il n’y a pas la vie, il faut tenter de se l’approprier ou, si
c’est impossible, la détruire pour qu’il n’y ait de vie nulle part.
Les pervers narcissiques sont envahis par un autre dont ils ne peuvent se
passer. Cet autre n’est même pas un double, qui aurait une existence, seulement
un reflet d’eux-mêmes. D’où la sensation qu’ont les victimes d’être niées dans
leur individualité. La victime n’est pas un individu autre, mais seulement un
reflet.
Toute situation qui remettrait en question ce système de miroirs, masquant le
vide, ne peut qu’entraîner une réaction en chaîne de fureur destructrice.
Ils ne souffrent pas. Ils attaquent en toute impunité car même si, en retour,
les partenaires utilisent des défenses perverses, ils ont été choisis pour
n’atteindre jamais à la virtuosité qui les protégerait.
Les pervers peuvent se passionner pour une personne, une activité ou une idée,
mais ces flambées restent très superficielles. Ils ignorent les véritables
sentiments, en particulier les sentiments de tristesse ou de deuil. Les
déceptions entraînent chez eux de la colère ou du ressentiment avec un
désir de
revanche. Cela explique la rage destructrice qui s’empare d’eux lors des
séparations. Quand un pervers perçoit une blessure narcissique (défaite, rejet)
il ressent un désir illimité d’obtenir une revanche.
Ce n’est pas, comme chez un individu coléreux, une réaction passagère et
brouillonne, c’est une rancune inflexible à laquelle le pervers applique toutes
ses capacités de raisonnement.
Les pervers, tout comme les paranoïaques, maintiennent une distance affective
suffisante pour ne pas s’engager vraiment. L’efficacité de leurs attaques tient
au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imaginent pas qu’on puisse
être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de
l’autre.
Le partenaire n’existe pas en tant que personne mais en tant que support d’une
qualité que les pervers essaient de s’approprier. Les pervers se nourrissent de
l’énergie de ceux qui subissent leur charme. Ils tentent de s’approprier le
narcissisme gratifiant de l’autre en envahissant son territoire psychique.
Passant à côté
d’eux-mêmes, ils essaient de détruire le bonheur qui passe près
d’eux. Prisonniers de la rigidité de leurs défenses, ils tentent de détruire la
liberté. Ne pouvant jouir pleinement de leur corps, ils essaient d’empêcher la
jouissance du corps des autres, même chez leurs propres enfants. Étant
incapables d’aimer, ils essaient de détruire
par cynisme
la simplicité d’une relation naturelle.
Il y a chez eux une exacerbation de la fonction critique qui fait qu’ils
passent
leur temps à critiquer tout et tout le monde. De cette façon, ils se
maintiennent dans la toute-puissance : « Si les autres sont nuls, je suis forcément meilleur qu’eux.
»
Le moteur du noyau pervers, c’est
l’envie, le but de l’appropriation. L’envie
est un sentiment de convoitise, d’irritation haineuse à la vue du bonheur, des
avantages d’autrui. Il s’agit d’une mentalité d’emblée agressive qui se fonde
sur la perception de ce que l’autre possède et dont on est dépourvu. Cette
perception est subjective, elle peut même être délirante.
L’envie comporte deux pôles : l’égocentrisme d’une part et la
malveillance, avec
l’envie de nuire à la personne enviée, d’autre part. Cela présuppose un
sentiment d’infériorité vis-à-vis de cette personne, qui possède ce qui est
convoité. L’envieux regrette de voir l’autre posséder des biens matériels ou
moraux, mais il est plus désireux de les détruire que de les acquérir. S’il les
détenait, il ne saurait pas quoi en faire. Il ne dispose pas de ressources pour
cela.
Pour combler l’écart qui sépare l’envieux de l’objet de sa convoitise, il suffit
d’humilier l’autre, de l’avilir.
Ils cassent tout enthousiasme autour d’eux, cherchent avant tout à démontrer que
le monde est mauvais, que les autres sont mauvais, que le partenaire est
mauvais. Par leur pessimisme, ils entraînent l’autre dans un registre dépressif
pour, ensuite, le lui reprocher.
Le désir de l’autre, sa vitalité, leur montre leurs propres manques. On retrouve
là l’envie, commune à bien des êtres humains, du lien privilégié que la mère
entretient avec son enfant. C’est pour cela qu’ils choisissent le plus souvent
leurs victimes parmi des personnes pleines d’énergie et ayant goût à la vie,
comme s’ils cherchaient à s’accaparer un peu de leur force.
L’état d’asservissement, d’assujettissement de leur victime à l’exigence de leur
désir, la dépendance qu’ils créent leur fournit des témoignages incontestables
de la réalité de leur appropriation.
L’appropriation est la suite logique de l’envie.
Les biens dont il s’agit ici sont rarement des biens matériels. Ce sont des
qualités morales, difficiles à voler : joie de vivre, sensibilité, qualités de
communication, créativité, dons musicaux ou littéraires...
Lorsque le partenaire émet une idée, les choses se passent de telle façon que
l’idée émise ne reste plus la sienne mais devient celle du pervers. Si l’envieux
n’était pas aveuglé par la haine, il pourrait, dans une relation d’échange,
apprendre comment acquérir un peu de ces dons. Cela suppose une modestie que les
pervers n’ont pas.
Les pervers narcissiques s’approprient les passions de l’autre dans la mesure où
ils se passionnent pour cet autre ou, plus exactement, ils s’intéressent à cet
autre dans la mesure où il est détenteur de quelque chose qui pourrait les
passionner.
Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il
critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.
Il sème la zizanie et crée la suspicion autour de lui, chez ses proches ou
avec ses collègues de travail… peut parfaitement tenir un discours donné avec
Mme X et dire exactement le contraire, 3 minutes plus tard avec Mme Y.
Ils ont un total mépris
pour toutes lois ou contrainte morales.
Leur morale est, le plus souvent, celle de la morale ou
la loi du plus fort
et/ou du plus rusé, du plus retors.
Il y a le plus souvent, dans leur comportement, la banalisation du mal, une
certaine « relativisation » de la morale, dans le cadre d’un nihilisme
opérationnel, qui peut même être militant. Ils n’ont du respect que pour les
gens plus forts qu’eux, ayant plus de pouvoir et de richesse ou plus combatifs
qu’eux.
Faire preuve d’humanité,
de sensibilité est souvent vu par eux comme l’expression d’une forme de
naïveté ou de sensiblerie qui n’a pas lieu d’être. Seuls les résultats
comptent : « la fin justifie les moyens ».
Le pervers narcissique n’éprouve
aucun respect pour les autres.
Le pervers narcissique
est toujours, intérieurement, dans la peau d’un autre, il n’est jamais
sincère, toujours menteur. Il peut aussi bien dire la vérité que
mentir avec aplomb, d’une façon jusqu’au boutiste (comme un « arracheur
de dent »). Le plus souvent, il effectue de sensibles
falsifications de la
vérité, qu’on ne
peut pas vraiment qualifier de mensonges, et encore moins de
constructions délirantes. Mélanger le mensonge, la sincérité et la
franchise - ce qui est, pour l’autre, très déstabilisant - fait partie
de son jeu.
Souvent immensément orgueilleux, voire mégalomane, le pervers narcissique aime
gagner, à tout prix, sans fin, et ne peut admettre, une seule fois, de perdre.
Il est prêt à tout, même aux coups les plus retords, pour ne jamais perdre. Le
pervers est comme un enfant gâté. S’il ne rencontre pas de résistance, il ira
toujours plus loin.

Le pervers narcissique adore se valoriser, paraître plus qu’il n’est réellement.
Toute atteinte à la haute image qu’il a de lui-même le rend très méchant,
agressif. Tous ses efforts viseront alors à rétablir cette image flatteuse qu’il
a de lui-même, et ce par tous les moyens,
y compris par la
destruction du perturbateur,
celui qui a commis le crime de lèse-majesté.
Il a une très haute opinion de lui-même.
Les autres sont pour lui quantités
négligeables - ce sont des larbins, des domestiques, des « peanuts »…
Il déteste qu’on lui fasse de l’ombre, qu’on se mette en avant, qu’on prenne
de l’ascendant sur lui, qu’on lui résiste, qu’on lui dise non. Il a besoin sans
cesse de rabaisser autrui, par une petite pique de-ci, de-là (untel n’a pas de
personnalité, untel est égoïste, untel est ingrat, untel est pingre…).
Un plaisir pervers
s’éprouve dans la vision de la souffrance de l’autre. Le pervers ressent
une jouissance
extrême, vitale,
à voir l’autre souffrir,
à le maintenir dans le doute, à l’asservir et à l’humilier.
Il prend le plus souvent ses victimes parmi des personnes
pleines d’énergie et
d’amour de la vie, pour les vampiriser et les « dévitaliser ». Il choisit de
préférence des personnes honnêtes, sincères, gentilles, qui cherchent vraiment à
consoler et à réparer, mais aussi naïves, sans trop d’esprit critique, voire
fragiles, afin de les amener plus facilement et plus rapidement à accepter une
relation de dépendance.
Les pervers narcissiques mariés ont souvent
des épouses soumises qui ont sans
doute peur de perdre leur « homme » et ne posent aucune question, même devant
des évènements très troublants. Leur relation avec leur mari est loin d’être
parfaite, mais elles s’en contentent. Elles espèrent toujours se tromper sur son
compte, ou le corriger avec leur amour.
On remarque que ces épouses (ou époux, le pervers narcissique n’est pas
nécessairement masculin) se retrouvent un peu dans la même situation que celles
des femmes battues. Elles subissent graduellement un lavage de cerveau, d’autant
plus facilement qu’elles-mêmes sont souvent à la recherche d’un compagnon qui
puisse les structurer. Elles peuvent même trouver excitant le côté sombre de
leur partenaire. Elles peuvent être au courant de ses antécédents (problèmes de
mœurs, prison, mauvaises actions racontées à l’envi par le pervers à son
partenaire etc.) et pourtant tout lui pardonner.
Le pervers agit à l’abri des regards. Les maltraitances sont rarement sous le
feu des projecteurs, mais plutôt perpétrées dans le secret des alcôves. Les
pervers sont les professionnels de la double vie et de la double personnalité.
Par prudence, il divisera et cloisonnera ses relations, afin qu’on ne puisse pas
recouper ses mensonges ou que ses victimes ne risquent pas de se s’allier contre
lui. Sa technique, dans ce domaine, finit par être magistrale.
Le pervers narcissique se complaît dans l’ambiguïté.
Par ses messages
paradoxaux, doubles, obscurs, il bloque la communication et place sa victime
dans l’impossibilité de fournir des réponses appropriées, puisqu’elle ne peut
comprendre la situation. Elle s’épuise à trouver des solutions qui seront par
définition inadaptées et rejetées par le pervers dont elle va susciter les
critiques et les reproches. Complètement déroutée, elle sombrera dans l’angoisse
ou la dépression (voir Marie-France Hirigoyen, « Le Harcèlement Moral », « La
communication perverse », p. 111).
Le pervers narcissique a le talent de diffamer sans avoir l’air d’y toucher,
prudemment, en donnant l’apparence de l’objectivité et du plus grand sérieux,
comme s’il ne faisait que rapporter des paroles qui ne sont pas les siennes.
Souvent il ne porte pas d’accusation claire, mais se contente d’allusions
voilées, insidieuses.
Comme un rusé paysan, il est capable parfois de se faire passer pour bête et
naïf, prêchant le faux pour savoir le vrai. Un très bon moyen de guerre
psychologique pour tirer les vers du nez d’une personne trop pleine de
certitudes.
Au pénal, les pervers narcissiques ne bénéficient généralement pas d’une
responsabilité altérée ou atténuée, comme on l’a vu dans le procès de
Jean-Claude Romand : Le pervers connaît la loi et il est conscient de ce qu’il
fait (simplement, il le fait quand même par défi, par jeu, pour le frisson).
Donc il reste responsable de son choix (en tout cas, il semble être responsable
pénalement).
Source : Marie-France Hirigoyen : « Le Harcèlement Moral »

Le harcèlement moral
Il est possible de détruire quelqu’un juste avec des mots, des regards, des
sous-entendus : cela se nomme pour M.F. Hirigoyen la violence perverse ou le
harcèlement moral. Comment comprendre, analyser, vaincre ce type de violences
Quelles solutions, quelles parades y apporter.
Nous résumons ici l’ouvrage « Le harcèlement moral » dont le sous-titre est La
violence perverse au quotidien de M.F. Hirigoyen. Le livre est publié en
collection de poche chez Pocket. Présenté en formation continue, ce livre et la
lecture qu’en ont faite certains collègues a constitué une véritable libération.
Victimes de harcèlement moral, ils avaient enfoui ce vécu dans les profondeurs
de leur inconscient. Le réveil de cette série de blessures, la prise de
conscience des manœuvres dont ils avaient été victimes, la lecture des exemples
cliniques dans lesquels ils se retrouvaient les a aidé à dépasser un vécu
douloureux.
La violence perverse au quotidien
De petits actes pervers sont si quotidiens qu’ils paraissent la norme. Cela
commence par un simple manque de respect, du mensonge ou de la manipulation.
Nous ne trouvons pas cela insupportable que si nous sommes atteints directement.
Puis, si le groupe social dans lequel ces conduites apparaissent ne réagit pas,
cela se transforme progressivement en conduites perverses avérées qui ont des
conséquences graves sur la santé psychologique des victimes. N’étant pas sûres
d’être entendues, celles-ci se taisent et souffrent en silence.
Cette destruction morale existe depuis toujours, dans les familles où elle reste
cachée, et, dans l’entreprise où l’on s’en accommodait en période de plein
emploi car la victime avait la possibilité de partir. Aujourd’hui, celles-ci
s’accrochent désespérément à leur poste de travail au détriment de leur santé
tant physique que psychique. Quelques-unes se sont révoltées, ont quelquefois
intenté des procès; le phénomène commence à être médiatisé et cela amène la
société à s’interroger.
Il est courant dans nos pratiques d’êtres témoins d’histoire de vie où l’on
discerne mal la réalité extérieure de la réalité psychique. Ce qui frappe dans
tous ces récits de souffrance c’est la récurrence, ce que chacun croyait
singulier est partagé par beaucoup d’autres.
La difficulté des transcriptions cliniques réside dans le fait que chaque mot,
chaque intonation, chaque allusion ont de l’importance. Tous les détails, pris
séparément, paraissent anodins, mais leur ensemble crée un processus
destructeur. La victime est entraînée dans ce jeu mortifère et peut réagir
elle-même en retour sur un mode pervers, car ce mode de relation peut être
utilisé par chacun de nous dans un but défensif. C’est ce qui peut amener à
parler de complicité de la victime avec son agresseur.
De nombreuses séquences d’agressivité et/ou de violence peuvent être liées ou
déclenchées par le harcèlement moral. C’est pour cette raison que chaque fois
que l’on parle de violences, il faut en décrire très précisément le contexte. On
risque sinon de contribuer à accréditer l’idée que c’est la victime qui en est
l’auteur, et qu’elle seule doit en payer les conséquences. La notion de
harcèlement moral montre que les choses sont bien différentes et surtout
beaucoup plus complexes. Il existe des soignants qui sont des harceleurs moraux
même si chacun de nous peut à un moment ou à un autre adopter une attitude
perverse.
M.F. Hirigoyen note qu’un même individu tend à reproduire son comportement
destructeur dans toutes les circonstances de sa vie, sur son lieu de travail,
dans son couple, avec ses enfants, et c’est cette continuité qu’elle veut
souligner. Il est ainsi des individus qui jonchent leur parcours de cadavres ou
de morts-vivants. Cela ne les empêche pas de donner le change par ailleurs et de
paraître tout à fait adaptés à la société.
La violence privée
La violence perverse dans le couple est souvent niée ou banalisée, réduite à une
simple relation de domination. La tentation est souvent grande chez le soignant
de rendre le partenaire complice voire même responsable de l’échange pervers.
C’est nier la dimension d’emprise qui paralyse la victime et l’empêche de se
défendre, c’est nier la violence des attaques et la gravité du retentissement
psychologique du harcèlement sur la victime. Les agressions sont subtiles, il
n’y a pas de traces tangibles et les témoins tendent à interpréter comme de
simples relations conflictuelles ou passionnelles entre deux personnes
caractérielles ce qui est une tentative violente de destruction morale et même
physique de l’autre, parfois réussie.
L’emprise
Dans le couple, le mouvement pervers se met en place quand l’affectif fait
défaut, ou bien lorsqu’il existe une trop grande proximité avec l’objet aimé.
Trop de proximité peut faire peur et, par là même, ce qui va faire l’objet de la
plus grande violence est ce qui est le plus intime. Un individu narcissique
impose son emprise pour retenir l’autre, mais il craint que l’autre ne soit trop
proche, ne vienne l’envahir. Il s’agit donc de le maintenir dans une relation de
dépendance ou même de propriété pour vérifier sa toute puissance. Le partenaire
englué dans le doute et la culpabilité ne peut réagir.
Le message non dit est «
Je ne t’aime pas », mais il est occulté pour que l’autre
ne parte pas, et il est agi de façon indirecte. Le partenaire doit rester là
pour être frustré en permanence; il faut en même temps l’empêcher de penser
afin qu’il ne prenne pas conscience du processus.
L’emprise est mise en place par un individu narcissique qui veut paralyser son
partenaire en le mettant en position de flou et d’incertitude. Cela lui évite de
s’engager dans une position de couple qui lui fait peur. Par ce processus, il
met l’autre à distance, dans des limites qui ne lui paraissent pas dangereuses.
S’il ne veut pas être envahi par l’autre, il lui fait subir pourtant ce qu’il ne
veut pas subir lui-même, en l’étouffant et en le maintenant « à disposition ».
L’origine de cette tolérance se retrouve dans une loyauté familiale qui
consiste, par exemple, à reproduire ce que l’un des parents a vécu, ou bien dans
l’acceptation d’un rôle de personne réparatrice pour le narcissisme de l’autre,
une sorte de mission où l’on aurait à se sacrifier.
La violence
La violence perverse apparaît dans les moments de crise quand un individu qui a
des défenses perverses ne peut pas assumer la responsabilité d’un choix
difficile. Elle est alors indirecte, essentiellement dans le non-respect de
l’autre.
Le refus de la responsabilité d’un échec conjugal est souvent à l’origine d’une
bascule perverse. Un individu qui a un fort idéal de couple, présente des
relations apparemment normales avec son partenaire jusqu’au jour où il doit
faire le choix entre cette relation et une nouvelle rencontre. La violence
perverse sera d’autant plus importante que l’idéal de couple était grand. Il
n’est pas possible d’accepter cette responsabilité qui doit être entièrement
portée par l’autre. S’il y a un retrait d’amour, le partenaire en est tenu pour
responsable, pour une faute qu’il aurait commise et qui n’est pas nommée. Ce
retrait d’amour est le plus souvent nié verbalement, tout en étant agi.
La prise de conscience de la manipulation ne peut que mettre la victime dans un
état d’angoisse terrible qu’elle ne peut évacuer puisqu’elle n’a pas
d’interlocuteur. En plus de la colère, les victimes à ce stade éprouvent de la
honte, honte de ne pas avoir été aimées, honte d’avoir accepté ces humiliations,
honte d’avoir subi.
Parfois, il ne s’agit pas d’un mouvement pervers transitoire, mais de la
révélation d’une perversion jusqu’ici occultée. La haine qui était masquée
apparaît au grand jour, très proche d’un délire de persécution. Les rôles sont
ainsi inversés, l’agresseur devient l’agressé et la culpabilité reste toujours
du même côté. Pour que cela soit crédible, il faut disqualifier l’autre en le
poussant à un comportement répréhensible.
Pour pouvoir idéaliser un nouvel objet d’amour et maintenir la relation
amoureuse, un pervers a besoin de projeter tout ce qui est mauvais sur un bouc
émissaire. Tout ce qui est obstacle à une nouvelle relation amoureuse doit être
détruit comme objet gênant. Ainsi, pour qu’il y ait de l’amour, il faut qu’il y
ait de la haine quelque part. La nouvelle relation amoureuse se construit sur la
haine du partenaire précédent.
La séparation
Les procédés pervers sont utilisés très habituellement lors des divorces et des
séparations. Il s’agit alors d’un procédé défensif que l’on ne peut pas d’emblée
considérer comme pathologique. C’est l’aspect répétitif et unilatéral du
processus qui amène l’effet destructeur.
Lors des séparations, le mouvement pervers, jusqu’alors sous-jacent, s’accentue,
la violence sournoise se déchaîne, car le pervers narcissique sent que sa proie
lui échappe. La séparation ne vient pas interrompre la violence, elle se
poursuit à travers les quelques liens relationnels qui peuvent exister, et quand
il y a des enfants elle passe à travers eux. Cela constitue ce que les
Américains nomment le stalking, c’est-à-dire le harcèlement. Le harcèlement est
le fait d’anciens amants ou conjoints qui ne veulent pas lâcher leur proie,
envahissent leur « » de leur présence, l’attendent à la sortie de son travail,
lui téléphonent le jour et la nuit, avec des paroles de menaces directes ou
indirectes.
Les divorces avec un pervers narcissique, quel que soit celui qui est à
l’initiative de la séparation, sont presque toujours violents et procéduriers.
Les pervers maintiennent le lien, par le biais des lettres recommandées, des
avocats, de la justice. On continue à parler de ce couple, qui n’existe plus, à
travers les procédures. Plus la pulsion d’emprise est grande, plus grands sont
le ressentiment et la colère. Les victimes se défendent mal, surtout si elles se
croient à l’initiative de la séparation, ce qui est souvent le cas, leur
culpabilité les porte à se montrer généreuses espérant ainsi échapper à leur
persécuteur.
Les victimes savent rarement utiliser la loi, alors que l’agresseur, étant très
proche d’une structure paranoïaque, saura faire les démarches nécessaires.
Dans une manœuvre perverse, le but est de déstabiliser l’autre et de le faire
douter de lui-même et des autres. Pour cela, tout est bon, les sous-entendus, le
mensonge, les invraisemblances. Pour ne pas se laisser impressionner, il faut
que le partenaire n’ait aucun doute sur lui-même et sur les décisions à prendre,
et ne tienne pas compte des agressions. Cela oblige à être sans arrêt sur le
qui-vive dans les contacts avec l’ex-conjoint.
Le refus de communication directe est l’arme absolue des pervers. Le partenaire
se trouve obligé de faire les demandes et les réponses et, s’avançant à
découvert, évidemment commet des erreurs qui sont relevées par l’agresseur pour
pointer la nullité de la victime.
Le recours à des lettres recommandées agressives dans le sous-entendu ou
l’allusion est une manœuvre habile pour déstabiliser sans trace. Un lecteur
extérieur (psychologue, juge), à partir de ces écrits, ne peut qu’imaginer un
échange acrimonieux banal entre deux ex-époux. Or, il ne s’agit pas d’un
échange. C’est une agression unilatérale où l’agressé est mis dans l’incapacité
de réagir et de se défendre.
La séduction perverse
La relation perverse se met en place en deux temps, l’une de séduction perverse,
l’autre de violence manifeste.
La première phase que Racamier a nommé le décervelage peut se dérouler sur
plusieurs années. Elle se construit progressivement pendant les premiers temps
de la relation, par un processus de séduction. C’est une phase de préparation au
cours de laquelle la victime est déstablisée et perd progressivement confiance
en elle. Il s’agit d’abord de la séduire, puis de l’influencer pour enfin, la
mettre sous son emprise, en lui retirant toute parcelle de liberté.
La séduction consiste à attirer irrésistiblement mais aussi dans un sens plus
juridique, à corrompre et suborner. Le séducteur détourne de la réalité, opère
par surprise, en secret. Il n’attaque jamais de manière frontale, mais de façon
indirecte afin de capter le désir de l’autre, d’un autre qui l’admire, qui lui
renvoie une bonne image de lui. La séduction perverse se fait en utilisant les
instincts protecteurs de l’autre. Cette séduction est narcissique il s’agit de
chercher dans l’autre l’unique objet de sa fascination, à savoir l’image aimable
de soi. Par une séduction à sens unique, le pervers narcissique cherche à
fasciner sans se laisser prendre. La présence de l’autre est vécue comme une
menace, pas comme une complémentarité.
L’influence consiste, sans argumenter, à amener quelqu’un à penser, décider ou
se conduire autrement qu’il ne l’aurait fait spontanément. La personne cible de
l’influence ne peut consentir a priori librement. Le processus d’influence est
pensé en fonction de sa sensibilité et de ses vulnérabilités.
L’emprise c’est la domination intellectuelle ou morale dans une relation de
domination. Le pouvoir entraîne l’autre à suivre par la dépendance, c’est-à-dire
acquiescement et adhésion.
Il y a trois dimensions principales à l’emprise
:
- une action d’appropriation par dépossession de l’autre;
- une action de domination, où l’autre est maintenu dans un état de soumission
et de dépendance;
- une dimension d’empreinte, où l’on veut laisser une marque sur l’autre.
Parce qu’elle neutralise le désir d’autrui et qu’elle abolit toute sa
spécificité; l’emprise comporte une indéniable composante destructrice. Petit à
petit, la victime voit sa résistance et ses possibilités d’opposition
grignotées. Elle perd toute possibilité de critique. Empêchée d’agir,
littéralement « gérée », elle est rendue complice de ce qui l’opprime. Cela ne
constitue en aucun cas un consentement elle est chosifiée; elle ne peut plus
avoir de pensée propre, elle doit penser comme son agresseur. Elle n’est plus
autre à part entière, elle n’est plus un alter ego. Elle subit sans consentir,
voire sans participer.
Les victimes décrivent toutes une difficulté à se concentrer sur une activité
lorsque leur persécuteur est à proximité. Celui-ci offre à l’observateur de la
plus parfaite innocence. Un grand décalage s’instaure entre son confort apparent
et le malaise et la souffrance des victimes. Ce dont elles se plaignent à ce
stade, c’est d’être étouffées, de ne rien pouvoir faire seules. Elles décrivent
la sensation de ne pas avoir de pensée.
La communication perverse
La mise en place de l’empreinte utilise des procédés qui donnent l’illusion de
la communication une communication particulière, non pas faite pour relier, mais
pour éloigner et empêcher l’échange.
Refuser la communication directe
Quand une question directe est posée, les pervers éludent. Comme ils ne parlent
pas, on leur prête grandeur ou sagesse. On entre dans un monde où il y a peu de
communication verbale, juste des remarques à petites touches déstabilisantes.
Rien n’est nommé, tout est sous-entendu.
Le déni du reproche ou du conflit par l’agresseur paralyse la victime qui ne
peut se défendre. L’agression est perpétrée par le refus de nommer ce qui se
passe, de discuter, de trouver ensemble des solutions. S’il s’agissait d’un
conflit ouvert, la discussion serait possible et une solution pourrait être
trouvée.
Devant le refus de communication verbale directe, il n’est pas rare que la
victime ait recours aux courriers. Elle écrit des lettres pour demander des
explications sur le rejet qu’elle perçoit, puis, n’ayant pas de réponse, elle
écrit à nouveau, cherchant ce qui dans son comportement, aurait pu justifier une
telle attitude. Il se peut qu’elle finisse par s’excuser de ce qu’elle aurait pu
faire, consciemment ou non, pour justifier ou on l’attitude de son agresseur.
Dans certaines entreprises, les victimes qui, pour se protéger, envoient des
lettres recommandées sont qualifiées de paranoïaques procédurières.
Quand il y a une réponse, elle est toujours à côté, indifférente.
Déformer le langage
On retrouve chez les pervers quand ils communiquent avec leur victime, une voix
froide, blanche, plate, monocorde. C’est une voix sans tonalité affective, qui
glace, inquiète, laissant affleurer dans les propos les plus anodins, le mépris
ou la dérision. La tonalité seule implique, même pour des observateurs neutres,
des sous-entendus, des reproches non exprimés, des menaces voilées.
Même lors d’échanges violents le ton ne s’élève pas, laissant l’autre s’énerver
tout seul, ce qui ne peut que le déstabiliser « décidément, tu n’es qu’un
hystérique qui crie tout le temps »
Très souvent, le pervers ne fait l’effort d’articuler ou bien grommelle quelque
chose quand l’autre est dans une autre pièce. Cela met l'autre dans l’obligation
de se déplacer pour entendre ou bien d’être en position de demandeur en faisant
répéter. Il est facile ensuite de lui faire remarquer qu’il n’écoute pas.
Le message d’un pervers est délibérément flou et imprécis, entretenant la
confusion. Il peut dire « Je n’ai jamais dit cela », et éviter tout reproche. En
utilisant des allusions, il fait passer ses messages sans se compromettre.
Offrant des propos sans lien logique, il entretient la coexistence de différents
discours contradictoires.
Il peut aussi ne pas terminer ses phrases, laissant des points de suspension qui
ouvrent la voie à toutes les interprétations et à tous les malentendus. Ou bien
il envoie des messages obscurs et refuse de les expliciter.
À une demande de service anodin d’une belle-mère à son gendre
:
« ce n’est pas possible
- Pourquoi
- Vous devriez le savoir
- Non, je ne comprends pas
- Eh bien, cherchez »
Ces propos sont agressifs mais dits sur un ton normal, calme, presque détendu,
et l’autre, dont la réponse agressive est désamorcée a l’impression de réagir à
côté.
Un autre procédé verbal habituel des pervers est d’utiliser un langage technique
abstrait, dogmatique, pour entraîner l’autre dans des considérations auxquelles il ne
comprend rien, et pour lesquelles il n’ose pas demander d’explications de peur
de passer pour un imbécile. Ce qui importe alors dans le discours pervers, c’est
la forme plutôt que le fond, paraître savant pour noyer le poisson. Pour
répondre à sa femme qui souhaitait parler de leur couple, un mari prend un ton
docte
« présentes une problématique typique des femmes castratrices qui projettent sur
les hommes leur désir de phallus »
Ces interprétations psychanalytiques sauvages réussissent à déstabiliser
l’autre, qui est rarement en état de répliquer pour renverser la situation à son
avantage. Les victimes disent souvent que les arguments de leur agresseur sont
tellement incohérents qu’elles devraient en rire, mais tant de mauvaise foi les
met en colère.
Un autre procédé pervers consiste à nommer les intentions de l’autre ou à
deviner ses pensées cachées, comme si on savait mieux que lui ce qu’il pense. «
Au fond, je sais très bien que tu te dis que ... »
Mentir
Plus souvent qu’un mensonge direct, le pervers utilise d’abord un assemblage de
sous-entendus, de non-dits, destiné à créer un malentendu pour ensuite
l’exploiter à son avantage. Il s’agit d’avoir le dessus dans l’échange verbal.
Un procédé trop direct amènerait le partenaire à dénoncer l’autoritarisme de
l’agresseur. Au contraire, des techniques indirectes le déstabilisent et
l’amènent à douter de la réalité de ce qui vient de se passer.
Un autre type de mensonge indirect consiste à répondre de façon imprécise ou à
côté, ou par une attaque qui fait diversion. À une femme qui exprimait ses
doutes sur la fidélité de son mari « dire quelque chose comme ça, il faut que,
toi, tu aies quelque chose à te reprocher ».
Le mensonge peut également s’attacher aux détails à sa femme qui lui reproche
d’être allé huit jours à la campagne avec une fille, le mari répond
« c’est toi la menteuse, d’une part ce n’était pas huit jours mais neuf, et
d’autre part, il ne s’agissait pas d’une fille mais d’une femme »
Le mensonge chez le pervers narcissiques ne devient direct que lors de la phase
de destruction. C’est alors un mensonge au mépris de toute évidence. C’est
surtout un mensonge convaincu qui convainc l’autre. Quelle que soit l’énormité
du mensonge, le pervers s’y accroche et finit par convaincre l’autre.
Manier le sarcasme, la dérision, le mépris
En résumé, pour déstabiliser l’autre, il suffit de
:
- se moquer de ses convictions, de ses choix politiques, de ses goûts,
- ne plus lui adresser la parole,
- le ridiculiser en public,
- le dénigrer devant les autres,
- le priver de toute possibilité de s’exprimer,
- se gausser de ses ponts faibles,
- faire des remarques désobligeantes, sans jamais les expliciter,
- mettre en doute ses capacités de jugement et de décision.
User du paradoxe
Déstabiliser la victime se fait dans une double contrainte quelque chose est dit
au niveau verbal et le contraire est exposé au niveau non verbal. Le discours
paradoxal est composé d’un message explicite et d’un contenu implicite, dont
l’agresseur nie l’existence.
-
Disqualifier
-
Diviser pour mieux régner
-
Imposer son pouvoir
La violence perverse
Résister à l’emprise, c’est s’exposer à la haine.
À ce stade, l’autre, qui
n’existait que comme un objet utile, devient un objet dangereux dont il faut se
débarrasser par n’importe quel moyen. La stratégie perverse se dévoile au grand
jour.
La haine est montrée
La phase de haine apparaît au grand jour lorsque la victime réagit, qu’elle
essaie de se poser en tant que sujet et de récupérer un peu de liberté. Malgré
un contexte ambigu, elle essaie de mettre une limite. Un déclic lui fait dire «
suffit », soit parce qu’un élément extérieur lui a permis de prendre conscience
de son asservissement c’est en général quand elle a vu son agresseur s’acharner
sur quelqu’un d’autre -, soit quand le pervers a trouvé un autre partenaire
potentiel et essaie de pousser le précédent à partir en accentuant sa violence.
Au moment où la victime donne l’impression de lui échapper, l’agresseur éprouve
un sentiment de panique et de fureur il se déchaîne.
Tout ce qui était souterrain apparaît alors au grand jour. Il ne s’agit pas ici
d’un amour qui se transforme en haine comme on tend à le croire, mais d’envie
qui se transforme en haine.
Quand il justifie cette haine, c’est par une persécution de l’autre, qui le
placerait lui en position de légitime défense. Comme chez les paranoïaques,
apparaissent alors chez lui des idées de préjudice ou de persécution, une
anticipation sur les réactions de défense attendues amenant à des conduites
délictueuses et un fonctionnement procédurier. Tout ce qui ne va pas est de la
faute des autres qui sont unis contre lui.
Par un phénomène de projection, la haine de l’agresseur est à la mesure de la
haine qu’il imagine que sa victime lui porte. Il la voit comme un monstre
destructeur, violent, néfaste.
Cette haine projetée sur l’autre, est pour le pervers narcissique un moyen de se
protéger de troubles qui pourraient être plus grands, du registre de la
psychose. C’est aussi un moyen, lorsqu’il s’est engagé dans une nouvelle
relation, de se défendre de toute haine inconsciente contre le nouveau
partenaire.
La violence est agie
Il s’agit d’une violence froide, verbale, faite de dénigrement, de sous-entendus
hostiles, de marques de condescendance et d’injures. L’effet destructeur vient
de la répétition d’agressions apparemment anodines mais continuelles, et dont on
sait qu’elles ne s’arrêteront jamais. Il s’agit d’une agression à perpétuité.
L’autre est acculé
Lors de la phase d’emprise, l’action du pervers narcissique sur sa victime était
essentiellement d’inhiber sa pensée. Dans la phase suivante, il provoque en elle
des sentiments, des actes, des réactions, par des mécanismes d’injonction. Cela
peut aller jusqu’à provoquer le suicide.
L’agresseur
Il peut arriver à chacun d’utiliser ponctuellement, passagèrement des mécanismes
de défense pervers. Ce qui nous distingue des pervers, c’est que ces
comportements ont été suivis de remords ou de regrets.
La perversion narcissique
Le psychanalyste P.C. Racamier est un des premiers à avoir décrit le concept de
pervers narcissique. D’autres auteurs, dont Alberto Eiguer ont ensuite tenté
d’en donner une définition :
« Les individus pervers narcissiques sont ceux qui, sous l’influence de leur soi
grandiose, essaient de créer un lien avec un deuxième individu, en s’attaquant
tout particulièrement à l’intégrité narcissique de l’autre afin de le désarmer.
Ils s’attaquent aussi à l’amour de soi, à la confiance en soi, à l’auto-estime
et à la croyance en soi de l’autre. En même temps, ils cherchent, d’une certaine
manière, à faire croire que le lien de dépendance de l’autre envers eux est
irremplaçable et que c’est l’autre qui le sollicite. »
Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes,
qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu’ils ne
ressentent pas et les contradictions internes qu’ils refusent de voir. Ils «
ne font pas exprès » de faire mal, ils font mal parce qu’ils ne savent pas faire
autrement pour exister. Ils ont eux-mêmes été blessés dans leur enfance et
essaient de se maintenir en vie. Ce transfert de douleur leur permet de se
valoriser aux dépens d’autrui.
La personnalité narcissique est décrite comme suit (présente au moins cinq
manifestations suivantes) :
- le sujet a un sens grandiose de sa propre importance,
- est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir,
- pense être « écial » et unique,
- a un besoin excessif d’être admiré,
- pense que tout lui est dû,
- exploite l’autre dans les relations interpersonnelles,
- manque d’empathie,
- envie souvent les autres,
- fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants.
Otto Kernberg décrit les principales caractéristiques de ces personnalités qui «
un sentiment de grandeur, un égocentrisme extrême, une absence totale d’empathie
pour les autres, bien qu’ils soient avides d’obtenir admiration et approbation.
Ces patients ressentent une envie très intense à l’égard de ceux qui semblent
posséder les choses qu’ils n’ont pas ou qui semblent tirer simplement plaisir de
leur vie. Non seulement ils manquent de profondeur affective et n’arrivent pas à
comprendre les émotions complexes des autres, mais leur propre sentiments ne
sont pas modulés et connaissent de rapides flambées suivies de dispersion. Ils
ignorent en particulier les sentiments véritables de tristesse et de deuil;
cette incapacité à éprouver des réactions dépressives est un trait fondamental
de leur personnalité. Lorsqu’on les abandonne ou qu’on les déçoit, ils peuvent
se montrer apparemment déprimés, mais à un examen attentif, il s’agit de colère
ou de ressentiment avec des désirs de revanche plutôt que d’une véritable
tristesse pour la perte de la personne qu’ils apprécient. »
Un narcisse est une coque vide qui n’a pas d’existence propre; c’est un « » qui
cherche à faire illusion pour masquer son vide. Son destin est une tentative
pour éviter la mort. C’est quelqu’un qui n’a jamais été reconnu comme un être
humain et qui a été obligé de se construire un jeu de miroirs pour se donner
l’illusion d’exister. Comme un kaléidoscope, ce jeu de miroirs a beau se répéter
et se multiplier, cet individu reste construit sur du vide.
Les individus pervers narcissiques sont des individus mégalomanes qui se posent
comme référents, comme étalons du bien et du mal, de la vérité. On leur attribue
souvent un air moralisateur, supérieur, distant. Même s’ils ne disent rien,
l’autre se sent pris en faute.
Conséquences pour la victime et prise en charge
Conséquences de la hase d’emprise
Le désistement, la confusion, le doute, le stress, la peur, l’isolement.
À plus long terme le choc, la décompensation, la séparation.
Le harcèlement dans l’entreprise
Dans l’entreprise, c’est de la rencontre de l’envie de pouvoir et de la
perversité que naissent la violence et le harcèlement.
Par harcèlement sur le lieu de travail, il faut entendre toute conduite abusive
se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des
gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à
l’intégrité physique ou psychique d’une personne, mettre en péril l’emploi de
celle-ci ou dégrader le climat de travail.
Le harcèlement a été identifié dans les pays anglo-saxons et les pays nordiques
où il a été qualifié de mobbing.
Cette guerre psychologique sur le lieu de travail regroupe deux phénomènes
:
- l’abus de pouvoir, qui est démasqué très vite et pas forcément accepté par les
salariés ;
- la manipulation perverse, plus insidieuse à se mettre en place et qui fait
d’autant plus de ravages.
Le harcèlement naît de façon anodine et se propage insidieusement. Dans un
premier temps, les personnes concernées ne veulent pas se formaliser et prennent
à la légère piques et brimades. Puis, ces attaques se multiplient et la victime
est régulièrement acculée, mise en état d’infériorité, soumise à des manœuvres
hostiles et dégradantes pendant une longue période.
De toutes ces agressions, on ne meurt pas directement, mais on perd une partie
de soi-même. On revient chaque soir, usé, humilié, abîmé. Il est difficile de
s’en remettre.
Ce n’est pas la remarque blessante qui constitue le harcèlement, c’est la
répétition des vexations, des humiliations, sans aucun effort pour les nuancer
qui constitue le phénomène destructeur.
Quand le harcèlement apparaît, c’est comme une machine qui se met en marche et
qui peut tout broyer. Il s’agit d’un phénomène terrifiant parce qu’inhumain,
sans états d’âme et sans pitié. L’entourage professionnel, par lâcheté, par
égoïsme ou peur, préfère se tenir à l’écart. lorsque ce type d’interaction
asymétrique et destructrice se met en place, il ne fera que s’amplifier si une
personne extérieure n’intervient pas énergiquement. En effet, dans un moment de
crise, on a tendance à accentuer ce que l’on est une entreprise rigide devient
encore plus rigide, un employé dépressif encore plus dépressif, un agressif plus
agressif, etc. On accentue ce que l’on est.
Il s’agit d’un phénomène circulaire. Rien ne sert alors de chercher qui est à
l’origine du conflit. On en oublie même les raisons. Une suite de comportements
délibérés de la part de l’agresseur est destinée à déclencher l’anxiété de la
victime, ce qui provoque chez elle une attitude défensive, elle-même génératrice
de nouvelles agressions. Après un certain temps d’évolution du conflit se
mettent en place des phénomènes de phobie réciproque la vision de la personne
haïe provoque une rage froide chez l’un, la vision du persécuteur déclenche chez
la victime un phénomène de peur. C’est un réflexe conditionné agressif ou
défensif. La peur entraîne chez la victime des comportements pathologiques qui
serviront d’alibis pour justifier rétroactivement l’agression. Elle réagit le
plus souvent d’une manière véhémente et confuse. Quoi qu’elle puisse
entreprendre, quoi qu’elle fasse tout est retourné contre elle par ses
persécuteurs. Le but de la manœuvre est de la désarçonner, de la pousser à la
confusion totale et à la faute.
Même si le harcèlement est horizontal (un collègue harcèle une autre collègue),
la hiérarchie n’intervient pas. Elle refuse de voir ou laisse faire. Elle ne
prend parfois conscience du problème que lorsque la victime réagit de façon trop
voyante (crise de nerfs, pleurs) ou qu’elle est trop fréquemment en arrêt de
travail. Le conflit dégénère vraiment parce que l’entreprise refuse de s’en
mêler. Il faut savoir que si à un moment donné du processus, quelqu’un réagit
d’une façon saine, le processus s’arrête.
Qui est visé
Contrairement à ce que leurs agresseurs essaient de faire croire, les victimes
ne sont pas au départ des personnes atteintes d’une quelconque pathologie ou
particulièrement faibles. Au contraire, le harcèlement se met en place quand une
victime réagit à l’autoritarisme d’un chef et refuse de se laisser asservir.
C’est sa capacité de résister à l’autorité malgré les pressions qui la désigne
comme cible.
Le harcèlement est rendu possible parce qu’il est précédé d’une dévalorisation,
qui est acceptée puis cautionnée par le groupe, de la victime par le
persécuteur. Cette dépréciation constitue une justification a posteriori de la
cruauté exercée contre elle et conduit à penser qu’elle a bien mérité ce qui lui
arrive.
Lorsque le processus de harcèlement est en place, la victime est stigmatisée on
dit qu’elle est difficile à vivre, qu’elle a mauvais caractère, ou bien qu’elle
est folle. On met sur le compte de sa personnalité ce qui est la conséquence du
conflit, et on oublie ce qu’elle était auparavant ou ce qu’elle est dans un
autre contexte.
Qui agresse qui
Le comportement d’un groupe n’est pas la somme des comportements des individus
qui le composent; le groupe est une nouvelle entité qui a ses propres
comportements. Freud admet la dissolution des individus dans la foule et y voit
une double identification, horizontale par rapport à la horde (le groupe) et
verticale par rapport au chef.
Un collègue agresse un autre collègue
Les groupes tendent à niveler les individus et supportent mal la différence.
Dans certains corps de métier, il n’est pas facile pour un homme ou ne femme de
se faire respecter quand il ou elle arrive. Ce sont des plaisanteries
grossières, des gestes obscènes, un mépris de tout ce qu’il ou elle peut dire,
le refus de prendre son travail en considération. Cela paraît du bizutage, tout
le monde rit, y compris les hommes ou les femmes présentes. Ils ou elles n’ont
pas le choix.
Un supérieur agressé par des subordonnés
Le cas est rare. Il s’agit en général d’une personne venant de l’extérieur, dont
le style ou les méthodes sont réprouvés par le groupe et qui ne fait pas
l’effort de s’adapter ou de s’imposer. Ce peut être aussi un ancien collègue qui
a été promu sans que le service n’ait été consulté.
Un subordonné agressé par un supérieur
C’est le cas le plus fréquent.
Comment empêcher une victime de réagir
Pour garder le pouvoir et contrôler l’autre, on utilise des manœuvres anodines
qui deviennent de plus en plus violentes si l’employé résiste. Dans un premier
temps, on lui retire tout sens critique jusqu’à ce qu’il ne sache plus qui a
tort qui a raison. On le stresse, on le houspille, on le surveille, on le
chronomètre pour qu’il se sente en permanence sur le qui-vive, et surtout on ne
lui dit rien de ce qui pourrait lui permettre de comprendre ce qui se passe. Le
salarié est acculé. Il accepte toujours plus et n’arrive pas à dire que c’est
insupportable. Quel que soit le point de départ et quels que soient les
agresseurs, les procédés sont les mêmes on ne nomme pas le problème, mais on
agit de façon sournoise pour éliminer la personne au lieu de trouver une
solution. Ce processus est amplifié par le groupe, qui est pris à témoin ou même
participe activement au phénomène.
Le harcèlement dans l’entreprise passe ensuite par plusieurs étapes qui ont
comme point commun un refus de communication.
Refuser la communication directe
Le conflit n’est pas nommé mais il est agit quotidiennement par des attitudes de
disqualification. L’agresseur refuse d’expliquer son attitude. Ce déni paralyse
la victime qui ne peut se défendre, ce qui rend possible la poursuite de
l’agression. En refusant de nommer le conflit, de discuter, l’agresseur empêche
une discussion qui permettrait de trouver une solution. Dans le registre de la
communication perverse, il faut empêcher l’autre de penser, de comprendre, de
réagir.
Se soustraire au dialogue est une façon habile d’aggraver le conflit, tout en le
portant au crédit de l’autre. C’est une façon de dire, sans le dire avec des
mots, que l’autre ne vous intéresse pas ou même qu’il n’existe pas. Comme rien
n’est dit, tout peut être reproché. Quand la victime a une propension à se
culpabiliser, c’est royal.
Disqualifier
L’agression ne se passe pas ouvertement, ce qui pourrait permettre de répliquer,
elle est pratiquée de façon sous-jacente, dans le registre de la communication
non verbale soupirs excédés, haussements d’épaules, regards méprisants, ou bien
non-dits, sous-entendus; allusions déstabilisantes ou malveillantes, remarques
désobligeantes... On peut ainsi amener progressivement le doute sur les
compétences professionnelles d’un salarié, en remettant en question tout ce
qu’il dit ou fait.
Dans la mesure où les agressions sont indirectes, il est difficile de se
défendre. Comment décrire un regard chargé de haine. Comment rapporter des
sous-entendus, des non-dit. La victime, elle-même doute de ses perceptions, elle
n’est pas sûre de ne pas exagérer son ressenti. On l’amène à douter d’elle-même.
La disqualification consiste aussi à ne pas regarder quelqu’un, ne pas dire
bonjour, parler de la personne comme d’un objet (on ne parle pas aux choses),
dire à quelqu’un devant la victime « Tu as vu, il faut être vraiment ringard pour
porter des vêtements pareils ». C’est nier la présence de la victime, ne plus lui
adresser la parole, ou profiter de ce qu’elle se soit absentée cinq minutes de
son bureau pour lui déposer un dossier avec un Post-it dessus, au lieu de lui
demander le travail directement.
Ce sont aussi des critiques indirectes dissimulées dans une plaisanterie, des
railleries, des sarcasmes. On peut ensuite dire « n’est qu’une plaisanterie,
personne n’est jamais mort d’une plaisanterie ». Le langage est perverti. Chaque
mot cache un malentendu qui se retourne contre la victime désignée.
Discréditer
Pour cela, il suffit d’insinuer le doute dans la tête des autres « ne crois pas
que... » On peut ensuite par un discours faux, fait d’un assemblage de
sous-entendus, de non-dits, mettre en place un malentendu pour l’exploiter à son
avantage.
Pour enfoncer l’autre, on le ridiculise, l’humilie, le couvre de sarcasmes
jusqu’à ce qu’il perde confiance en lui. On l’affuble d’un surnom ridicule, on
se moque d’une infirmité ou d’une défaillance. On utilise aussi la calomnie, les
mensonges, les sous-entendus malveillants. On s’arrange pour que la victime le
sache sans qu’elle puisse pour autant s’en défendre.
Isoler
Lorsque l’on a décidé de détruire psychologiquement un salarié, pour qu’il ne
puisse pas se défendre, il faut d’abord l'isoler en cassant les alliances
possibles. Quand on est seul, il est beaucoup plus difficiles de se rebeller,
surtout si on vous fait croire que tout le monde est contre vous.
Par des insinuations ou des préférences affichées, on provoque des jalousies, on
monte les gens les uns contre les autres, on sème la discorde. Le travail de
déstabilisation est ainsi fait par des collègues envieux, et le véritable
agresseur pourra dire qu’il n’y est pour rien.
Lorsque la mise à l’écart vient de collègues, c’est manger seul à la cantine, ne
pas être invité lorsqu’il y a un pot.
Lorsque l’agression vient de la hiérarchie, la victime désignée est
progressivement privée de toute information. Elle apprend son devenir par des
notes de service. Plus tard, c’est la mise en quarantaine, au placard.
Brimer
Cela consiste à confier à la victime des tâches inutiles ou dégradantes. C’est
fixer des objectifs impossibles à tenir, obligeant à rester tard le soir, à
revenir le week-end pour voir ce rapport urgent jeté à la poubelle.
Ce peuvent également être des agressions physiques mais pas directes des
négligences qui provoquent des accidents, des objets lourds qui tombent comme
par hasard sur les pieds de la victime.
Pousser l’autre à la faute
Un moyen très habile de disqualifier quelqu’un consiste à le pousser à la faute
pour pouvoir le critiquer ou le rabaisser, mais aussi pour qu’il ait une
mauvaise image de lui-même. Il est très facile, par une attitude de mépris ou de
provocation, d’amener quelqu’un d’impulsif à la colère ou à un comportement
agressif repéré de tous. On peut ensuite dire qu’elle est folle, qu’elle
perturbe la bonne marche du service.
Le harcèlement sexuel
Il ne s’agit alors pas d’obtenir des faveurs sexuelles mais de marquer son
pouvoir. La femme harcelée est à disposition du harceleur.
Le point de départ du harcèlement
L’abus de pouvoir -
Les manœuvres perverses
Quand un individu pervers entre dans un groupe, il tend à rassembler autour de
lui les membres du groupe les plus dociles qu’il séduit. Si un individu ne se
laisse pas embrigader, il est rejeté par le groupe et désigné comme bouc
émissaire. Un lien social se crée ainsi entre les membres du groupe dans la
critique commune de la personne isolée, par des potins et des ragots. Le groupe
est alors sous influence et suit le pervers dans le cynisme et le manque de
respect. Chaque individu n’a pas pour autant perdu tout sens moral, mais,
dépendant d’un individu dépourvu de scrupules, ils perdent tout sens critique.
Le but d’un individu pervers est d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir par
n’importe quel moyen, ou bien encore de masquer sa propre incompétence. Pour
cela il lui faut se débarrasser de quiconque constituerait un obstacle à son
ascension ou serait trop lucide sur ses façons de faire. On ne se contente donc
pas d’attaquer quelqu’un de fragilisé comme dans l’abus de pouvoir mais on crée
la fragilité afin d’empêcher l’autre de se défendre.
La peur génère des conduites d’obéissance, voire de soumission, de la part de la
personne ciblée, mais aussi des collègues qui laissent faire, qui ne veulent pas
voir ce qui se passe autour d’eux. C’est le règne de l’individualisme, du chacun
« soi ». L’entourage craint, s’il se montre solidaire, d’être stigmatisé. Il ne
faut pas faire de vagues.
Lorsque la victime réagit et tente de se rebeller, la malveillance latente fait
place à une hostilité déclarée. Commence alors la phase de destruction morale
qui a été qualifiée de psychoterreur. Là, tous les moyens sont bons, y compris
la violence physique, pour démolir la personne désignée. Cela peut la conduire à
un anéantissement psychique ou au suicide. Dans cette violence, l’intérêt de
l’entreprise est oublié par l’agresseur, qui veut uniquement la peau de sa
victime.
Dans le fonctionnement pervers, il n’y a pas que la quête du pouvoir, il y a
surtout une grande jouissance à utiliser l’autre comme un objet, comme une
marionnette. L’agresseur réduit l’autre à une position d’impuissance pour
ensuite le détruire en toute impunité.
Porter plainte est l’unique façon de mettre fin à la psychoterreur. Mais il faut
du courage ou être vraiment à bout car cela implique une rupture définitive avec
l’entreprise. Il n’est pas sûr, en outre, que la plainte soit reçue, ni que la
procédure déclenchée aboutisse d’une façon positive.
L’entreprise qui laisse faire
Dans les groupes de travail sous pression les conflits naissent plus facilement.
Les nouvelles formes de travail, qui visent à accroître les performances des
entreprises en laissant de côté tous les éléments humains sont en génératrices
de stress et créent ainsi les conditions favorables à l’expression de la
perversité.
L’entreprise qui encourage les méthodes perverses
L’entreprise peut elle-même devenir un système pervers lorsque la fin justifie
le moyens et qu’elle est prête à tout, y compris à détruire les individus pour
parvenir à ses objectifs.
Conseils pratiques dans l’entreprise
Repérer
Avant toute chose, il est important de bien repérer le processus de harcèlement
et si possible de l’analyser. Si on a le sentiment d’une atteinte à sa dignité
ou à son intégrité psychique en raison de l’attitude hostile d’une ou de
plusieurs personnes, ce régulièrement et sur une longue période, on peut penser
qu’il s’agit effectivement de harcèlement moral.
L’idéal est de réagir le plus tôt possible, avant d’être englué dans une
situation où il n’y a pas d’autre solution que le départ.
Dès lors, il est important de noter toute forme de provocation ou toute
agression. Comme pour le harcèlement psychologique familial, la difficulté de se
défendre réside dans le fait qu’il y a rarement des preuves flagrantes.
La victime devra donc accumuler les traces, les indices, noter les injures,
faire des photocopies de tout ce qui pourrait à un moment ou à un autre
constituer sa défense.
Il serait souhaitable qu’elle s’assure le concours de témoins. Malheureusement,
dans un tel contexte, les collègues se défilent.
Trouver de l’aide au sein de l’entreprise
Tant que l’on est en état de se battre il faut chercher de l’aide d’abord au
sein de l’entreprise. Trop souvent les salariés ne réagissent que lorsqu’il y a
une procédure de licenciement en cours. Cette recherche n’est pas évidente car
si la situation a pu se dégrader à ce point, c’est souvent que le responsable
hiérarchique, s’il n’est pas lui-même moteur du processus, n’a pas su réagir de
façon efficace. Si ce soutien moral ne peut être obtenu dans le service, il peut
être recherché dans d’autres services.
À chaque étape d’une recherche d’aide au sein de l’entreprise, le salarié peut
sortir du processus de harcèlement s’il a la possibilité de rencontrer un
interlocuteur qui sache l’écouter.
Quand l’entreprise est de taille suffisante, il faut d’abord aller voir le DRH,
cela n’est efficace que si le « » prime sur le « ».
Si le DRH ne fait rien, il faut aller voir le médecin du travail qui aidera
d’abord à verbaliser le problème. Par ses constats au poste de travail, et lors
de la visite médicale, il peut permettre aux salariés et aux responsables de
prendre conscience du problème et de leurs conséquences graves. Tout dépend de
la place du médecin du travail au sein de l’entreprise.
Résister psychologiquement
Pour se défendre, il faut être en bon état psychologique, ce qui n’est pas
simple puisque la première étape du harcèlement consiste à déstabiliser la
victime. Il faut donc consulter un psychiatre ou un psychothérapeute afin de
retrouver l’énergie pour se défendre. Ce qui implique lorsque l’on est soignant
d’aller voir dans un autre département.
Pour diminuer le stress et ses conséquences, la seule solution est l’arrêt de
travail. Beaucoup de victimes le refusent de peur d’aggraver le conflit.
Si la personne est dépressive, une aide médicamenteuse, anxiolytique et
antidépressive peut s’avérer indispensable.
La personne ne devra réintégrer son travail que lorsqu’elle pourra se défendre.
Cela peut conduire à un arrêt de travail relativement long (parfois plusieurs
mois) qui se transformera éventuellement en Congé maladie de longue durée.
Dans les relations avec le harceleur, il est plus facile de se soumettre plutôt
que de résister et risquer le conflit. Quoi qu’elles éprouvent, les victimes
doivent jouer l’indifférence, garder le sourire et répondre avec humour mais
sans en rajouter dans l’ironie. Elles doivent rester imperturbables et ne jamais
entrer dans le jeu de l’agressivité. Il leur faut laisser dire, ne pas s’énerver
tout en notant chaque agression pour préparer leur défense.
Pour limiter le risque de faute professionnelle, la victime doit être
irréprochable. Elle est sous les feux de l’actualité. Le moindre retard, la
moindre faute seront tenus pour des preuves de sa responsabilité dans le
processus.
Il serait bon qu’elle apprenne la méfiance en fermant ses tiroirs à clé, en
emportant avec elle son agenda professionnel ou un dossier important sur lequel
elle travaille, même, à l’heure du déjeuner.
Afin de retrouver une certaine autonomie de pensée et un esprit critique, les
victimes devront appliquer une nouvelle grille de communication, comme un filtre
systématique, qui leur permette de réajuster la réalité au bon sens. Prendre les
messages au pied de la lettre, au besoin, en faisant préciser, et refuser
d’entendre les sous-entendus.
Agir
Sur un plan professionnel, il faut être extrêmement vigilant afin de contrer la
communication perverse. Il faudra anticiper sur les agressions en assurant qu’il
n’y a aucune ambiguïté dans les consignes ou les ordres, en faisant lever les
imprécisions et éclaircir les points douteux. Si les doutes subsistent, le
salarié devra solliciter un entretien pour avoir des explications. En cas de
refus, il ne faut pas hésiter à exiger cet entretien par lettre recommandée. Ces
courriers pourront servir de preuves du manque de dialogue en cas de conflit. Il
faut mieux passer pour anormalement méfiant, quitte à passer pour paranoïaque,
que de se laisser mettre en faute. Il n’est pas mauvais, non plus, que la
victime inquiète son agresseur en lui faisant savoir que, désormais, elle ne se
laissera plus faire.
C’est habituellement lorsque la victime constate qu’aucune solution n’est
proposée, et qu’elle craint un licenciement ou qu’elle envisage de donner sa
démission qu’elle se tourne vers les syndicats ou les représentants du
personnel. Mais il faut savoir que quand une situation de harcèlement est
communiquée aux syndicats, cela devient un conflit ouvert. Leur intervention
consiste alors à négocier un départ. Il est très difficile d’obtenir une
médiation à ce niveau car les représentants du personnel ont en France beaucoup
plus un rôle revendicatif qu’un rôle d’écoute et de médiation.
Pour un entretien préalable au licenciement, la loi prévoit qu’on peut se faire
accompagner par la personne de son choix. Ce peut être un délégué syndical s’il
y en a dans l’entreprise, ou bien un conseiller des salariés. Les conseillers
des salariés sont des syndicalistes extérieurs à l’entreprise dont on trouve la
liste dans les mairies et dans les préfectures, et qui vont défendre
bénévolement les salariés dans les petites structures. Dans le harcèlement, il
est important que l’accompagnateur soit quelqu’un en qui on a toute confiance et
dont on pense a priori qu’il ne se laissera pas manipuler.
Faire intervenir la justice
Comment guérir
Choisir son psychothérapeute
Nommer la perversion
S’en sortir
L’essentiel n’est pas de savoir comment on s’est mis dans cette situation mais
d’en sortir. Donc soutien, réconfort pour permettre à la victime de sortir de la
peur et de la culpabilité.
Quand la perversion a été nommée, la victime doit repenser les événements du
passé en fonction de ce qu’elle aura appris de son agression. Elle doit, avec
courage, se demander quel sens avaient tel mot ou telle situation.
Se dégager de la culpabilité
Sortir de la souffrance
Guérir
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